Lockout : comment les franchises NBA déguisent des profits en pertes !

Les propriétaires des franchises NBA ont voté hier soir pour le lockout. Par conséquent, la grève a été officialisée ce jeudi 1er juillet à minuit et certains désagréments se font déjà sentir pour les fans. Jusqu’à ce que joueurs et propriétaires trouvent un terrain d’entente, la NBA est plongée dans un coma artificiel qui pourrait lui coûter cher.

Malgré un revenu annuel de 3.8 milliards de dollars, les dirigeants de la Grande Ligue estiment que le système actuel – le Collective Bargaining Agreement – ne fonctionne plus, 22 franchises sur 30 ayant perdu de l’argent sur cette saison 2011-2012. Adan Silver, le bras droit de David Stern, déclare que les propriétaires veulent négocier un nouveau système dans lequel les 30 franchises pourront se battre pour le titre et avoir l’opportunité de réaliser des profits. La NBA étant un business, cela peut se comprendre. Mais, il semble que d’un point de vue comptable, les franchises NBA puissent transformer des bénéfices en pertes.

Une loi fiscale méconnue

Les états financiers d’une équipe NBA semblent être un véritable dédale d’astuces comptables plus compliquées les unes que les autres. Comme nous ne sommes pas des spécialistes de la comptabilité US, nous avons la chance qu’un économiste américain ait clarifié quelques unes de ces astuces dans un article publié sur le site Deadspin.

Tommy Graggs, puisque c’est de lui dont on parle, a mis en lumière une loi fiscale américaine que la plupart des fans NBA ne connaissent certainement pas et qui pourraient se transformer en argument de choc pour le camp des joueurs dans les négociations avec leurs employeurs. Cette loi fiscale s’appelle la « roster depreciation allowance« . Elle autorise les propriétaires NBA à traiter, de manière comptable, leurs joueurs comme des actifs matériels de l’entreprise. Les actifs matériels sont les moyens physiques de production de l’entreprise. Les franchises NBA sont donc autorisées à considérer leurs joueurs comme des machines qui produisent des biens revendus par la suite à des clients. Pour l’IRS, le fisc américain, les joueurs sont comme le four à pain d’un boulanger, comme le tracteur d’un agriculteur ou comme la voiture d’un commercial. Ce sont des outils de production.

Blake Griffin, le jeune ailier fort des Clippers de Los Angeles est un des plus beaux actifs matériels de l'industrie de la NBA.

Cette loi permet aux franchises d’appliquer le système des amortissements sur le contrat de ses joueurs. Elles peuvent ainsi comptabiliser la dépréciation de ces actifs matériels pour les déduire de leur résultat fiscal. Les contrats des joueurs NBA étant la plupart du temps signés sur plusieurs saisons, il se peut parfois qu’un joueur soit payé au-delà de sa véritable valeur marchande du moment. Les franchises jouent donc sur cet aspect qui est totalement légal. Ce qui est un peu plus étrange, par contre, c’est qu’elles peuvent également déduire les sommes négocier dans les contrats de leur résultat fiscal en tant que dépenses de salaires. C’est un peu comme notre impôt français, la CSG, mais dans le sens inverse. Là où les salariés français paient deux fois la CSG, les franchises NBA peuvent déduire deux fois les salaires des joueurs de leur revenu fiscal.

6 millions de profits réalisés mais 27 millions de pertes annoncées

Via ce passe-passe légal, le site Deadspin publie des documents (voir ici et ) qui montrent comment les Nets de New Jersey ont réussi à déclarer des pertes de 27 millions de dollars, quand, en réalité, ils avaient réalisé un bénéfice d’exploitation de 6 millions de dollars. Et le plus intéressant dans tout cela, c’est que cette manipulation est entièrement légale et que toutes les franchises du sport US la mettent en place et en profitent. Les paroles de Paul Beeston, ancien vice-président des Blue Jays, prennenyt alors tout leurs sens :

Les franchises de sport qui déclarent des profits ont raté une étape. Grâce aux principes comptables reconnus et légaux, je peux faire d’un profit de 4 millions de dollars, une perte de 2 millions de dollars. Et tout les cabinets que j’ai consultés sont d’accord pour valider ces états financiers.

D’autres points viennent brouiller la lecture de ces chiffres

En plus de cette astuce légale, les chiffres liés à l’état financier des franchises NBA sont très difficiles à interpréter et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il faut bien garder à l’esprit que les franchises sont souvent une partie immergée de l’iceberg. L’activité qu’elles produisent est en effet bénéfique pour de nombreux commerces se trouvant dans l’enceinte même de la salle ou aux alentours. Souvent, ces commerces sont détenus par les propriétaires des franchises mais ne font pas partie de la même entité juridique que l’équipe. Les comptes financiers sont donc distincts. Il y a aussi la question de investissements immobiliers. Le patrimoine détenu par les propriétaires NBA lorsqu’il rachète une franchise et souvent la salle qui va avec est très important mais n’est pas valorisé dans les comptes. Pourtant, les plus-values réalisées par les propriétaires sur ces actifs sont souvent énormes.

Jay Z et les New Jersey Nets

Si le célèbre rappeur Jay Z a investi dans les Nets de New Jersey, ce n'est pas seulement par l'amour du sport mais surtout pour le projet immobilier que représente la construction de la future Barclays Arena dans Brooklyn.

Deadspin donne un exemple parlant. Si l’activité générée par une franchise NBA devait se limiter aux états financiers produits par elle, cela reviendrait à évaluer le constructeur automobile Ford à sa branche de production de moteurs. Cette branche est en effet une branche déficitaire, qui « revend » les moteurs à bas prix mais qui permet aux concessionnaires de générer ensuite de grosses plus-values lors de la revente du produit assemblé.

Un argument de poids pour les joueurs

Voilà donc le problème. Quand la NBA annonce que 22 des 30 franchises perdent de l’argent, et qu’elle utilise cet argument pour pousser les joueurs à baisser la part des revenus qui leur est redistribuée à 48% au lieu de 57% aujourd’hui, Billy Hunter et Derek Fisher, les représentants des joueurs, attendent qu’on leur en apporte réellement la preuve. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas une bonne nouvelle si l’on veut sortir rapidement du confit. Ce genre d’actualité risque, au contraire, de faire en sorte que chacun campe sur ses positions.

5 réflexions sur “Lockout : comment les franchises NBA déguisent des profits en pertes !

  1. j’arrive via un lien de basketusa.com qui se passionne pour le planking🙂 article très intéressant qui explique simplement et de manière claire ce système pas si bancale que ça. Pour citer G.Arenas, on comprend pourquoi « 22 des 30 proprios de franchises ne connaissent rien au basket ». Au basket, non mais l’argent…

    qq petite fautes d’ortho:
    – économiste américain est clarifié (avoir) et
    – valider ses états financiers (plutot « ces »)

  2. Intéressant comme article.
    Juste une grosse faute de conjugaison (c’est pas une critique ça arrive c’est juste pour que ce soit plus propre) « nous avons la chance qu’un économiste américain est clarifié » , « ait clarifié ».

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