La LNB doit-elle abondonner le format actuel de la finale Pro A ?

Trammel Darden - SLUC NancySamedi dernier, alors que la France entière profitait d’un long week-end de trois jours, Cholet Basket et le SLUC Nancy Lorraine s’affrontaient sur le parquet du Palais Omnisports de Paris Bercy pour déterminer le nouveau champion de France de basket 2011. Devant un Bercy une nouvelle fois à guichets fermés, c’est l’équipe coachée par Jean-Luc Monschau qui s’est imposée lors d’une belle rencontre de basket qui aura accouchée de son vainqueur à seulement 3 secondes du coup de sifflet final.

Malgré le spectacle, malgré les 14.502 spectateurs présents dans l’enceinte de Bercy, le basket français a été frappé hier par les chiffres d’audience dévoilés par le journal L’Equipe. D’après le quotidien français le plus lu, ils ne seraient que 175.000 à avoir suivi la finale de Pro A, ce samedi 11 juin 2011, devant leur téléviseur. Une audience aussi maigrelette que décevante, d’autant plus que la rencontre était diffusée pour l’occasion sur Canal+.

Canal+ espérait 500.000 téléspectateurs

Cette année, comme l’an passé, le groupe Canal+ a décidé de retransmettre la finale du championnat de France de Pro A sur sa chaîne premium : Canal+. Alors que, durant toute la saison et durant tous les playoffs, les rencontres sont diffusées sur Sport+ (chaîne payante), le dernier acte de la saison de basket français a une nouvelle fois été diffusé sur une autre chaîne que celle souscrite par les passionnés. De nombreux fans se plaignent, comme l’an dernier, de ce fait. Canal+, qui attendait environ 500.000 téléspectateurs, doit aujourd’hui être très déçu en constatant que seulement 175.000 courageux se sont postés devant leur écran de télévision ce samedi 11 juin à 17h00. C’est malheureusement la ligue et les clubs qui paieront les pots cassés de cet échec, l’image de notre sport auprès des médias étant d’autant plus détériorée.

A-ton tendu le bâton pour se faire battre ?

A la rigueur, si cette finale était diffusée sur une chaîne du service public, donc accessible à l’ensemble des français en clair, il n’y aurait pas grand chose à redire. On pourrait invoquer la nécessité de proposer ce spectacle final au plus grand nombre de téléspectateurs pour capter et séduire de nouveaux adeptes. Mais là, où est la logique ? Pourquoi diffuser la finale sur une autre chaîne payante, à laquelle n’ont pas automatiquement accès les abonnés de Sport+ ? Pourquoi se couper de sa base de passionnés et en plus aller vers une chaîne payante dont les abonnés, qui sont moins nombreux que les personnes ayant accès à France 2 ou France 3, ne voient jamais de basket français durant tout le reste de l’année ?

Très franchement, je ne comprends pas la stratégie. Je pense que cette décision est plus due au Groupe Canal+ qu’aux dirigeants de la LNB, mais je reste malgré tout persuadé que ces derniers devraient être beaucoup plus attentifs à ce genre de détails qui nuisent gravement à la qualité perçue de leur produit « Pro A ». La Ligue ne devrait pas accepter ce genre de compromis qui ne peut pas, quoiqu’il arrive, être bénéfique pour le basket professionnel français. Soit on garde une diffusion sur Sport+ en direct, à la rigueur doublée d’une co-diffusion en direct sur Canal+, soit on propose la finale sur le service public. Mais ce format « diffusion sur Canal+ en crypté et en différé sur Sport+ » ne répond à aucune logique et tant à prouver que les dirigeants de la LNB n’ont pas conscience du capital marque de leur ligue, de leur sport.

Bercy, le trompe l’oeil

Les Finales LNB Pro A et Pro B constituent un des évènements majeurs du basket français. Les autres évènements étant le All Star Game et la Semaine des As. Les finales semblent d’ailleurs être l’évènement le plus rentable pour la ligue. En effet, quoiqu’il arrive, les dirigeants du basket français sont assurés de remplir l’enceinte parisienne. Avec 4 clubs qui jouent un titre national ou une accession en Pro A, les enjeux sont de taille et suffisent à drainer à Bercy plus de 14.000 personnes tous les ans. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces 14.502 personnes sont les supporters de 4 équipes : les deux finalistes de Pro A et les deux finalistes de Pro B. En effet, les finales se jouent l’une après l’autre dans le même lieu. La billetterie ne fait pas de distinguo entre les rencontres. On commercialise l’évènement « Finales LNB » et non les évènements « Finale Pro A » + « Finale Pro B ». Grosso modo, on peut donc dire que chaque club doit attirer environ 3.500 fans pour que Bercy soit à guichets fermés. Dit comme ça, l’exploit est de suite moins impressionnant.

SLUC Nancy champion de France

Le SLUC Nancy a décroché son second titre de champion de France devant 14.502 spectateurs mais dans un désintérêt médiatique total

Alors, certes, si les finales se jouaient en une seule manche sur le parquet du club le mieux classé en saison régulière, nous aurions eu 5.200 spectateurs pour un Cholet / Nancy à la Mailleraie et 1.499 spectateurs pour un Nanterre / Dijon au Palais des Sports de la JSF (soit environ 6.700 spectateurs). Mais il est légitime de se poser la question suivante : le format actuel des finales Pro A et Pro B est-il optimal ?

Le format actuel de la finale Pro A ne permet pas aux finalistes d’attirer de nouveaux fans

Le format de la finale en une manche à Bercy découle des recommandations qui avaient été faites dans le Livre Blanc du Basket Français en 2004 par le Cabinet Ineum Consulting afin d’améliorer la médiatisation du championnat de France de Basket Pro A et d’attirer les chaînes hertziennes pour cet évènement. Aujourd’hui, force est de constater que ce projet n’a pas été couronné de succès. France 2 et France 3 n’en ont que faire du basket. Et ce n’est pas une finale à Bercy devant 14.502 spectateurs qui y changera quelque chose. Richard Dacoury s’en inquiétait d’ailleurs quelques jours avant la finale dans les colonnes de l’Equipe.

Plus grave encore, au lieu d’aider le basket, ce format de finale en un match à Bercy le dessert. En effet, les clubs ne peuvent pas profiter de cette fête, de ce moment historique dans leur vie de club pour draîner un nouveau public dans leur propre salle et le fidéliser. Impossible pour eux de capitaliser sur cet évènement. Avec environ 5.000 places à proposer à leurs supporters à Bercy, les finalistes de Pro A Nancy et Cholet ont contenté les habitués mais ils ont difficilement pu faire plus. Plutôt que d’élargir le public, le format de la finale Pro A ne fait que le resserrer. Si, au contraire, la finale se jouait au meilleur des 5 matchs, les clubs pourraient communiquer au mieux dans leur ville pour capter un nouveau public attiré par la perspective d’une finale et d’un titre. De plus, ils pourraient leur faire découvrir leur salle et son ambiance et les fidéliser en vue de la saison à venir.

Avec un format en 5 manches, la finale Pro A 2011 aurait attiré au moins 16.427 spectateurs

En faisant un calcul rapide, on peut dire que si la finale Pro A 2011 s’était jouée au meilleur des 5 matchs, elle aurait attiré au moins 16.427 spectateurs. Dans cette même logique, si les finales Pro A et Pro B avaient été disputées toutes les deux au meilleur des 5 matchs, elles auraient généré au minimum 24.053 spectateurs (en cas de victoires 3 à 0 dans les deux séries) et au mieux 41.407 fans (en cas de victoires 3 à 2 dans les deux séries). Si l’on compare ces chiffres aux 14.502 spectateurs de Bercy, on comprend rapidement qu’il y a quelque chose qui cloche.

Aujourd’hui, en plus d’être une aberration sportive, le format de la finale de Pro A l’est également d’un point de vue marketing. La médiatisation du basket français est au plus bas et cette audience de 175.000 téléspectateurs n’est que le reflet regrettable d’une réalité qu’il faut regarder en face et accepter. L’échec populaire de la dernière Semaine des As à Pau avait été un avertissement pour les dirigeants de notre sport. Ce second échec, médiatique cette fois, doit marquer les esprits. La LNB a besoin d’un projet clair et ambitieux afin d’améliorer sa médiatisation. Notre sport a assez d’atouts pour remonter la pente et refaire surface. Personnellement, j’y crois. Mais il faudra savoir établir une analyse marketing précise du produit. Être capable de dire qu’aujourd’hui, le basket français est malade et moribond. Il ne faudra pas se voiler la face car pour avancer, il y a des problèmes qu’il faudra savoir affronter.

7 réflexions sur “La LNB doit-elle abondonner le format actuel de la finale Pro A ?

  1. Un désastre… Je ne comprendrais décidément jamais notre fédé et la ligue. L’horaire est juste aberrante également, à 17H un week-end de 3 jours…Je partage à 100% pour le format en 5 matchs. Malheureusement, pour en avoir parlé avec des amis qui ne sont pas plongés dans le basket comme nous le sommes, il est plus difficile de faire comprendre au grand public l’intérêt de jouer une finale en plusieurs rencontres. J’ai eu l’habituel réponse : « T’imagines si on faisait la même chose en foot ? ». Bref, on recule encore d’un (grand) pas avec ce chiffre d’Audimat cauchemardesque, un de plus au palmarès de notre pauvre basket français…

    • En même temps, le foot n’a pas de playoffs. c’est une question de culture de sport.
      Après, le problème du basket français se situe surtout sur son absence d’identité et donc d’identification qui ne permet pas d’être attractif médiatiquement, autant auprès des fans, des diffuseurs que des journalistes.
      Le défi du basket français se situe là à mon avis. Le reste viendra.

  2. Je voudrais déjà savoir comme ce calcule l’audimat car si on prend le cas de Cholet Basket il y avait + 2.000 spectateurs à la Meilleraie, ont-ils été sondés?L’audimat c’est une moyenne calculée je ne sais pas comment mais dans la réalité ce n’est n’est pas cela.Maintenant cette finale a fait son temps même si pour nous choletais c’est la grande sortie vers Paris Bercy, mais au final on a tout à perdre, on l’a vu cette saison, on termine 1er, on domine les play-offs et sur un match sec on perd le titre et la qualification pour l’Euroligue alors que pour la saison qui se termine, Cholet Basket a été à deux doigts de rentrer dans le cercle très fermé du Top16.La ligue doit travailler sur le sujet et faire comme le rugby savoir se vendre sur le service public, par contre surtout pas de temps morts en langue de l’oncle Sam…..

    • Bonjour Bruno et merci pour votre message.
      Comme vous le faites remarquer, les audiences sont des estimations effectués par rapport aux foyers qui ont le boitier médiamétrie. Je suppose que les chiffres sont pondérés mais je ne connais pas le calcul.

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