Pourquoi la Pro A doit passer à 18 clubs… au moins !

Trophée LNBAttention, sujet épineux.

Aujourd’hui, 16 clubs se disputent tous les ans le titre de champion de France de Pro A. Ce format existe depuis la saison 2007-2008. René Le Goff, président de la LNB à cette époque, avait présenté sur ce blog les raisons qui poussaient la ligue à revenir à 16 clubs au lieu de 18. Après 4 saisons, que peut-on conclure de cette décision ?

Toujours plus homogène. Toujours plus attrayante ?

Tout d’abord, ce resserrement de l’élite du basket français a rendu la Pro A beaucoup plus homogène qu’elle ne l’était il n’y a encore que 4 saisons. C’est un véritable avantage pour l’incertitude globale de la compétition. C’est d’ailleurs une des principales règles dans le marketing des compétitions sportives professionnelles. Plus l’incertitude est grande, plus le produit est, théoriquement, attrayant pour les fans. La logique voudrait que l’intérêt pour un tel championnat soit alors grandissant.

Pour la Pro A, aucun doute, l’incertitude est présente, et même plus que jamais depuis 2007. Les 7 dernières saisons ont par exemple accouché de 7 vainqueurs différents. Malgré tout, il ne semble pas que le produit soit plus attrayant pour autant. Depuis 2007 les affluences n’ont que peu évolué. Elles sont passées de 3386 spectateurs de moyenne par match lors de la saison 2006-2007 à 3347 lors de la saison 2009-2010. Donc, même si lors des saisons 2007-2008 (3504) et 2008-2009 (3565) les affluences étaient légèrement supérieures, le passage de 18 à 16 clubs et l’homogénéité grandissante de notre championnat n’ont pas révolutionné l’engouement des fans et les affluences dans nos salles. Ils n’ont pas non plus révolutionné les recettes liées aux matchs. En effet, si l’on ajoute les "recettes matchs" et les "autres produits", on obtient un chiffre d’affaire de 730.000 € par club lors de la saison 2006-2007 et 685.000 € en 2009-2010 (775.000 € en 2007-2008 et 700.000 € en 2008-2009). Des affluences qui stagnent, des recettes qui baissent. Le passage de 18 à 16 clubs ne semble pas avoir développé plus que cela l’engouement des supporters.

Droits Tv en hausse. Oui mais…

Le seul point positif – même s’il semble que les clubs ne pourront pas en tirer les bénéfices cette saison – est la renégociation du contrat Tv à la hausse, qui s’élève aujourd’hui à 4 millions d’euros par saison. On peut malgré tout se demander si une diffusion sur une chaîne gratuite ou même, sur un dispositif de live gratuit sur Internet ne seraient pas plus bénéfiques à long terme au basket français ? En effet, malgré le très bon travail effectué par Sport + et ses équipes, les matchs de Pro A du vendredi soir et du samedi réunissent en moyenne 100.000 téléspectateurs. C’est correct pour une chaîne payante sportive comme Sport + mais c’est très loin d’être satisfaisant pour une ligue sportive professionnelle qui organise un sport dit familiale et qui souhaite se développer et s’adresser au plus grand nombre pour attirer de nouveaux spectateurs et garnir les futures enceintes sportives modernes qui, espérons-le, sortiront de terre dans les 5 à 7 ans à venir.

La Pro A est incertaine mais peu compétitive

Les faits présentés ci-dessus tendent déjà à prouver que le passage de 18 à 16 clubs était une bonne idée sur le coup mais s’avère aujourd’hui être une fausse bonne idée à l’usage. Le point qui me parait le plus important est le manque de hiérarchie de notre Pro A. Je pense personnellement que cette homogénéité a tué la compétitivité de notre championnat. Je m’explique.

Tout d’abord, comme dit plus haut, nous avons connu 7 champions de France différents lors des 7 dernières saisons. Cela prouve qu’il existe un véritable souci au niveau de la régularité des grosses équipes. Ce manque de régularité se traduit aujourd’hui par une absence totale de hiérarchie. On ne peut jamais affirmer que tel club battra facilement tel club ou que telle équipe sera assurée quoi qu’il arrive de terminer dans les 4 premiers… L’homogénéité de notre Pro A a créé plus d’incertitude dans le management et la direction de nos clubs que dans l’esprit de nos fans. Il est donc impossible aujourd’hui d’identifier avec certitude les gros clubs, qui vont se disputer le titre, les petits clubs, qui lutteront pour le maintien et les autres, qui vogueront au petit bonheur la chance.

Le classico entre l'ASVEL Lyon Villeurbanne et l'Elan Béarnais Pau-Orthez, autrefois duel au sommet de Pro A, n'est, cette saison, qu'un match de milieu de tableau.

Je pense personnellement que notre Pro A a besoin de cette hiérarchie. J’irais même plus long. Je pense qu’elle a besoin que cette hiérarchisation soit marquée, voire même très marquée. Je pense que nous avons besoin de très gros clubs et de très petits clubs. De gros budgets et de petits budgets. De très grosses masses salariales et de très petites masses salariales. Nous avons besoin que les différences soient très marquées, que les extrêmes soient très éloignés. Comme dans une pièce de théâtre, notre Pro A a besoin que les rôles soient mieux distribués qu’ils ne le sont aujourd’hui. Nous avons besoin de premiers rôles et de seconds rôles pour qu’une pièce soit jouée et réussie. Il ne peut pas y avoir que des premiers rôles. Il faut même des figurants pour que tout fonctionne et que le spectacle soit réaliste et à la hauteur. S’il n’y avait que des premiers rôles, cela serait le fouillis. C’est exactement la situation dans laquelle est notre championnat aujourd’hui. Les différences ne sont pas assez importantes entre les acteurs -clubs – pour que la pièce soit jouée de manière optimale. Il n’y a plus de gros ou de petit et donc, personne n’est à sa place. Chacun est donc frileux, en manque de confiance et ne sait pas à quoi s’en tenir. Cette situation n’est jamais propice au développement. Pour grandir, nos clubs ont besoin de repères. Ils doivent savoir quel est leur rôle, quelle sera la partition qu’ils auront à jouer.

Une instabilité préjudiciable sur la scène européenne

Cette incertitude grandissante fait que l’élite du basket français est instable. Là où des clubs comme le FC Barcelone, le Real Madrid, Siene, le Partizan Belgrade (etc…), savent que, bon an mal an, ils termineront dans les 3 ou 4 premiers de leur championnat et – surtout – se qualifieront pour l’Euroleague, nos clubs censés être les "gros", eux, n’en savent rien. Ils ne savent même pas s’ils ne devront pas lutter pour leur maintien.

C’est très important car cela signifie que nos champions ne peuvent pas accumuler suffisamment d’expérience de l’Euroleague pour y être performants. Quand nos adversaires européens se battent depuis 5 à 7 ans de suite dans cette magnifique compétition, les clubs français, eux, sont la plupart du temps des novices. Et surtout, l’incertitude de la Pro A les oblige à se concentrer non pas sur l’Euroleague mais avant tout sur le match franco-français du samedi. Ils parent au plus pressé, au plus important. Et un club français doit avant tout assurer son maintien et surtout, il doit lutter pour, car il n’est pas acquis, même pour des équipes telles que l’ASVEL, Limoges, Pau…

Malgré un beau parcours en Euroleague, le Cholet Basket de Samuel Meija n'a pas réussi à se qualifier pour le Top 16. Le dernier club français à avoir réalisé cet "exploit" est Pau en 2007.

Ces soucis, les autres grands d’Europe ne les ont pas. A long terme, cela fait une différence. Personne n’évoque ce point mais le manque de compétitivité des clubs français dans les coupes européennes vient peut-être de là. De cette homogénéité trop importante.

L’incertitude oui. Mais la hiérarchie avant !

Attention, je ne suis pas en train de dire que notre Pro A ne doit plus être incertaine. Non, bien au contraire. Je dis simplement que l’incertitude ne doit pas porter sur tous les clubs. Pour le titre de champion, l’incertitude devrait porter sur 3 à 4 équipes maximum. Pour le maintien, pareil, 4 à 5 équipes. Mais pas plus. L’incertitude doit exister mais dans un cadre hiérarchisé. Elle doit exister entre les premiers rôles (qui sera le meilleur des premiers rôles – des meilleurs) ou entre les seconds rôles et les figurants mais surtout pas globalement. Sans cette "incertitude encadrée", jamais nous n’arriverons à retrouver une place au niveau du basket européen, jamais nos gros clubs, censés être nos locomotives, ne pourront se développer sereinement et ainsi, tirer notre Pro A vers le haut. Qu’on le veuille ou non, notre ligue est aujourd’hui une ligue de seconde voire de troisième zone au niveau européen. Nous sommes moins compétitifs que les espagnols, les italiens, les grecs, les israéliens, les serbes, les lituaniens, les russes, les turcs et sommes au coude à coude avec les belges, les allemands, les croates et autres. Pourtant, notre potentiel est là.

18 à 20 équipes en Pro A

Tout cela m’amène à dire que je suis pour un retour à 18 clubs en Pro A, voire même à 20. Si on ne peut pas mettre en place une ligue fermée, je ne vois pas d’autre solution. Aujourd’hui, la Pro A est homogène car il n’y pas assez d’équipes pour que les richesses sportives – les joueurs – et les richesses financières – les sponsors et subventions – soient diluées. Avec 16 équipes, ces ressources sont trop concentrées pour qu’une hiérarchie claire de la Pro A se dessine. Ajouter 2 à 4 équipes permettrait de diluer ces ressources et d’avoir des petits qui seraient vraiment des petits et des gros qui seraient de véritables gros qui ne passeraient pas leur temps à craindre le faux pas et la relégation. C’est très cruel pour les "petites équipes", les "petits clubs", qui sont aussi méritants que les autres. Mais cela ne remet en rien en cause l’éthique sportive et surtout, c’est peut-être vital pour la survie de notre ligue. Un petit pourra toujours à tout moment battre un gros. Mais cela ne doit arriver qu’à l’échelle d’une journée et non d’une saison.

Si j’étais décisionnaire à la LNB (ce que je ne suis pas), je militerais donc pour que la Pro A passe à 18 ou 20 clubs lors de la saison 2012-2013  - pas pour la saison prochaine* car ce genre de décision s’annonce avant le début de la compétition concernée – et j’expliquerais ce choix de cette façon en avançant les arguments que je viens de vous présenter.

*pour info, il se murmure que la ligue pourrait annoncer un passage à 18 clubs dès la saison prochaine sans qu’on ne connaisse les raisons ni les motivations qui justifieraient pour la LNB et ses élus, ce changement.

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3 réflexions sur “Pourquoi la Pro A doit passer à 18 clubs… au moins !

  1. Article très intéressant, comme souvent. Merci ! C’est l’occasion de débattre et de brasser des idées, et ce n’est pas du luxe…

    Sur le coup, je suis d’accord avec toute la première partie de ton analyse : une trop grande homogénéité est contre productive, nos équipes manquent cruellement d’expérience au plus haut niveau européen, la Pro A manque de locomotives, elle est aujourd’hui une ligue "mineure" en Europe etc…

    En revanche, pas d’accord avec la recommandation pour inverser cette tendance, qui est de passer à 18 ou 20 clubs. Parler de "dilution des ressources" (dans une ligue qui en manque cruellement, de ressources), cela me semble à la limite de l’hérésie ! Car ce que tu proposes, en définitive, c’est un nivellement par le bas encore plus important. Cela pourrait éventuellement bénéficier à la Pro A elle-même (têtes d’affiche mieux identifiés, quoique ce soit à prouver) mais ce n’est pas de cette façon que notre cote va remonter sur la scène européenne, me semble-t-il.

    Plutôt que de diluer les ressources, je prônerai plutôt pour un statu quo (16 équipes) voire même une plus grande concentration (14 équipes, format conseillé par l’Euroleague). C’est exactement ce qu’a fait le rugby. En 25 ans, le championnat de France est passé de 40 équipes (4 poules de 10 n’intéressant pas grand monde) au Top 16 puis Top 14. Avec l’énorme succès qu’on sait.

    En Pro A, l’un des grands problèmes actuels est lié à l’aléa sportif. La hiérarchie sportive est tellement floue qu’aucune équipe n’est vraiment à l’abri d’une mauvaise saison et d’une relégation. Pour mieux protéger le système, on pourrait donc instaurer une seule descente par saison, créant une ligue semi-fermée de fait.

    Ce n’est que dans un deuxième temps, lorsque la Pro A se sera nivelée par le haut, que l’on peut imaginer une "expansion", en ajoutant deux clubs supplémentaires par exemple (et en repassant à deux montées/descentes).

    Voilà mon humble avis. Après, si la Pro A repasse à 18 clubs l’an prochain, simplement pour sauver Limoges et Vichy, ce sera une nouvelle fois la preuve de la grande incompétence de nos têtes (non) pensantes.

    Si l’on repasse à 18 dans deux ans, avec un projet clair et argumenté, pourquoi pas, même si je suis convaincu qu’aujourd’hui, ce n’est pas la bonne solution.

    Salut !

    • Très clairement ma proposition peut sembler contraire à la logique de développement. Il y a de nombreux points que je n’ai pas abordés dans l’article comme par exemple, le maillage géographique, l’augmentation du nombre de rencontres (donc d’évènements et de possibles recettes), le format d’organisation des play-offs, etc… Ma recommandation de passer à 18 ou 20 est volontairement provocatrice. Le plus important à mes yeux est de montrer que l’équilibre compétitif trop important de notre ligue est contre productif. Il faut donc faire en sorte de conserver une sorte de hiérarchie marquée sachant que, notre ligue n’étant pas une ligue fermée, il y a des leviers qui ne peuvent pas être utilisés pour augmenter la puissance sportive et même financière des clubs.
      J’avoue que le choix du terme "diluer les ressources" n’est pas forcément approprié. En effet, je ne pense pas que le fait de passer de 16 à 18 ou 20 ferait baisser les ressources des clubs. Au contraire, je pense que les revenus globaux de la ligue pourraient augmenter. Simplement, j’espère que la répartition pourrait être différente à partir du moment où les clubs, sportivement, seront bien hiérarchisés et identifiés comme des gros ou des challengers ou des petits. Nous avons besoin de têtes d’affiche pour nous démarquer, tant au niveau des joueurs que des clubs. Quand je dis "diluer" j’entends plus "créer des différences". Car aujourd’hui, tout est trop identique à tous les niveaux dans nos clubs (sportivement et financièrement).
      C’est le point le plus important de ce que je voulais évoquer : hiérarchiser notre championnat pour qu’il soit compétitif au niveau européen.
      En ce qui concerne la comparaison avec le rugby, je suis toujours frileux. Le rugby n’est pas un sport universel et n’a pas autant de concurrence au niveau européen que le basket. Niveau concurrence, le basket est comme le foot. Après, nous avons beaucoup à apprendre de l’ovalie, c’est sûr.

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