Parler basket au travail, est-ce bon pour la productivité ?

Demain et après demain (1er et 2 avril) l’Amérique du basket va vivre au rythme du Final Four NCAA. Ce rendez-vous traditionnel de la culture universitaire des États-Unis est plus suivi que les Finals NBA et l’engouement des « alumnis » pour les performances de leur université est sans commune mesure avec le soutien des fans pour les franchises NBA.

Vendredi et samedi, les américains seront donc des millions à suivre les demi-finales opposant University of Kentucky à University of Connecticut et Virginia Commonwealth University à Butler University. Ils étaient déjà des millions à suivre depuis mi-mars la tournoi final du championnat universitaire de basketball appelé March Madness. Dans ces conditions et avec les moyens de communication disponibles aujourd’hui, on suppose que de nombreux travailleurs américains ont suivi les matchs ou les résultats des rencontres sur l’ordinateur de leur lieu de travail. D’où la question suivante : suivre une compétition sportive telle que le March Madness de la NCAA au bureau, est-ce bon ou mauvais pour la productivité ?

Deux théories s’opposent.

Cette question doit grandement intéresser tant les salariés que leurs patrons. Aux USA, un cabinet d’outplacement a tenté de se pencher sur la question de manière « scientifique ». Challenger, Gray & Christmas (c’est le nom du dit cabinet) estime que les employés américains ont regardé le tournoi en ligne pendant au moins 8,4 millions d’heures, ce qui équivaut à plus de 192 millions de dollars en salaires. L’année passée, ce même cabinet avait déjà effectué une étude de ce genre et déclaré que le manque à gagner en équivalent salaires était de 1,8 milliards de dollars. Cet écart assez important pousse certains à dénoncer le sérieux et le bien fondé scientifique de cette étude.

Tout d’abord, les détracteurs de Challenger, Gray & Christmas notent que l’on ne peut pas considérer que le temps effectif qu’un salarié passe sur son lieu de travail est forcément un temps productif pour son employeur. En effet, il nous arrive à toutes et à tous durant notre journée de rechercher des informations sur Internet pour lesquelles notre employeur ne nous paie pas. Il nous arrive également de discuter avec nos collègues de choses privées ou encore de traîner un peu plus longtemps que d’habitude pour le déjeuner ou même de consulter notre boîte email personnelle…

Un booster pour la communication interne.

Ces détracteurs estiment donc que nous avons déjà de nombreuses occasions de gaspiller notre temps au travail. Et, à l’opposé de Challenger, Gray & Christmas, ils estiment que s’informer et échanger avec ses collègues sur un sujet qui intéresse chacun de près ou de loin permet d’améliorer la productivité. C’est en tout cas ce qu’affirme Donelson R. Forsyth, professeur en psychologie sociale à l’Université de Richmond. D’après lui, les employeurs ne sont pas forcément capables de dire comment leurs salariés prennent leurs décisions, si cela repose sur des choses rationnelles ou irrationnelles, s’ils utilisent des analyses mathématiques ou si au contraire, cela est fondé sur leurs émotions. Il ajoute que les cadres et dirigeants qui souhaiteraient imposer à leurs salariés une manière de penser, de prendre des décisions, de travailler, de collaborer, enverraient un message très négative à ces derniers, le message que tout est sous contrôle et contrôlé. Exactement les types d’entreprise ou de culture d’entreprise pour lesquels un salarié n’a pas envie de travailler. En conclusion, Forsyth estime que l’énergie et l’adrénaline qu’une personne emmagasine à regarder ou à parler du March Madness peut aussi se traduire par plus d’énergie et d’envie dans son activité professionnelle.

Parlez basket au travail, c’est bon pour la productivité !

En France, le phénomène basket n’est pas aussi développé qu’aux Etats-Unis, certes. Par contre, lors d’une Coupe du Monde de Football ou de Rugby – les deux sports collectifs majeurs au niveau des médias de notre pays – nous pourrions conseiller aux cadres et autres chefs d’entreprise de mettre en place des concours de pronostiques ou un suivi journalier des résultats des équipes de France afin de créer une émulation en interne. Le plus important avec ce genre de petits outils de communication interne est d’amener les salariés à échanger, à se parler, à prendre un peu de recul quant à leurs relations strictement professionnelles. On le sait, la plupart du temps, les bonnes idées, les bons échanges et les nouveaux points de vues découlent de ces moments qui sont à l’opposé de ce que notre patron serait en droit d’attendre de nous et ce pour quoi il nous paie. Mais au bout du compte, ces moments « d’égarement » permettent souvent de prendre une bonne décision et de remplir ainsi de manière optimale la tâche que l’on nous a confiée.

Dans cet ordre d’idées, on ne pourrait que trop conseiller aux clubs de sport professionnels français de mettre en place des systèmes d’informations privilégiés pour les salariés de leurs sponsors. Ainsi, en plus de son engagement sponsoring qui constitue une action de communication externe, le sponsor active des leviers de communication interne pour son sponsoring. Il implique ses employés dans l’engagement sponsoring et crée ainsi un lien entre son entreprise et l’équipe soutenue. C’est bénéfique pour le club de sport qui développe ainsi sa notoriété et fidélise un public particulier mais c’est aussi bénéfique pour le sponsor qui donne un sens, une identité à son engagement et qui implique tous ses salariés.

Alors n’hésitez plus, suivez le championnat de France Pro A au bureau, parlez-en avec vos collègues, c’est bon pour la productivité, votre patron vous remerciera .

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