Rapport entre masse salariale et nombre de victoires en Pro A

De nombreux fans de sport estiment que le sport professionnel moderne est de plus en plus question de business, d’argent et de gros sous. Ces amoureux d’une certaine image du sport, d’une certaine éthique, d’une certaine beauté de l’effort et du mérite sportif supposent que, de plus en plus, l’aléa sportif est effacé au profit de la puissance financière. En résumé, seuls les clubs de sports les plus riches seraient capables de remporter des victoires, là où les clubs moins fortunés mais peut-être plus « méritants », impliqués et dévoués ne peuvent plus lutter à armes égales. Ce constat à longtemps été fait dans le monde du basket professionnel français qui a été dominé depuis deux décennies par le CSP Limoges, l’Elan Béarnais Pau-Orthez et l’ASVEL Lyon-Villeurbanne, des gros budgets à l’échelle de la Pro A. Mais est-ce toujours le cas aujourd’hui ? La loi du plus riche est-elle toujours la loi du plus fort ? Peut-on mettre en relation la masse salariale sportive d’un club avec son nombre de victoire ? C’est ce que nous allons voir dans cet exemple.

L’argent : le talon d’Achille du basket français

Avant de commencer, il est important de noter quelques points importants. Tout d’abord, les dirigeants du basket français se plaignent souvent (à juste titre d’ailleurs) de leur manque de compétitivité et d’attractivité par rapport aux équipes européennes. Des défauts qui seraient la conséquence, d’après eux, d’une fiscalité française particulièrement lourde pour les sportifs professionnels par rapport aux fiscalités de nos voisins. Ils estiment que les écarts de ressources qui les séparent des clubs espagnols, grecs, italiens et autres les empêchent de lutter à armes égales dans les compétitions européennes. Ils invoquent donc eux aussi cette prédominance de l’argent dans le sport. Mais avant de comparer avec les clubs d’Euroleague ou autres, vérifions déjà si la dictature de l’argent roi s’exprime au sein même de notre championnat national. A ce titre, il est important de souligner que, lors des sept dernières saisons de Pro A, la finale a accouché de sept vainqueurs différents. Signe que notre Pro A est au moins ouverte et indécise.

En Pro A, l’argent fait-il le bonheur ?

Afin d’évaluer l’importance de l’argent dans la réussite sportive en Pro A, j’ai décidé de mettre en relation trois indicateurs : la masse salariale sportive du club qui représente sa capacité financière à investir dans une main d’œuvre qualifiée (de bons joueurs de basket) ; le nombre de victoires glanées en saison régulière par le club qui représente sa réussite sportive*; et enfin la coût à la victoire qui représente ce que le club a dépensé pour remporter une victoire ou plus scientifiquement son efficience. En mixant ces trois indicateurs, on obtient un graphique nous montrant une évolution depuis la saison 2005 (je n’ai pas réussi à avoir les masses salariales des clubs avant cette date). Voici ci-dessous un exemple où j’ai isolé les données concernant le club de la Chorale de Roanne.

 

Roanne depuis 2005 - Rapport masse salariale/victoire

Evolution du rapport masse salariale/victoires du club de la Chorale de Roanne depuis 2005

Cliquez ici pour découvrir le graphique animé complet.

Mode d’emploi**

Pour comprendre ce graphique évolutif, il faut prendre en compte les points suivants :
- sur l’axe des ordonnées (vertical), vous pouvez lire le montant de la masse salariale du club exprimé en k€ ;
- sur l’axe des abscisses (horizontal), vous retrouvez le nombre de victoires remportées par le club lors de la saison régulière ;
- vous avez également une « ligne de temps » qui indique la saison (ici, j’ai pris la date de fin de saison pour indiquer l’année. Du coup, l’année 2005 est égale à la saison 2004-2005). En cliquant sur le bouton play qui se situe au début de cette ligne, vous lancez l’animation du graphique ;
- en haut à droite, vous avez un indicateur de couleur qui représente le coût à la victoire (plus la couleur tire vers le rouge, plus la victoire coûte chère et plus la couleur tire vers le bleu et moins la victoire coûte au club) ;
- au milieu à droite, vous avez à nouveau un indicateur de masse salariale. Cette fois-ci, il est représenté sous forme de cercle. Plus le cercle est large, plus la masse salariale du club est importante ;
- enfin, en bas à droite, vous retrouvez la liste de tous les clubs concernés, soit ceux ayant évolué en Pro A depuis la saison 2004-2005. Vous pouvez choisir de les isoler pour vous rendre compte de l’évolution de leur masse salariale, de leur efficience et de leur nombre de victoires sur ces 5 dernières saisons. Pour y parvenir, il faut suffit de cocher la case qui se trouve à gauche de l’équipe qui vous intéresse et de lancer le graphique animé en cliquant sur le bouton play**.

Comment interpréter les données ?

Comme pour toutes les données, chacun peut les interpréter à sa manière. L’adage dit que l’on faite dire ce que l’on veut aux chiffres. Ici, c’est aussi le cas. Mais des points sont tout de même concrets. Plus le cercle représentant votre équipe est à gauche, plus votre réussite sportive a été mauvaise (moins vous avez engrangé de victoires). Plus le cercle de votre équipe est haut et large, plus sa masse salariale est importante. Plus le cercle de votre équipe tire vers le rouge et plus la victoire a coûté, financièrement parlant, à votre équipe. Inversement, plus ce cercle tire vers le bleu et plus votre équipe aura été efficiente.

L’argent compte : oui. Mais ce n’est pas un gage de succès pour autant.

La première chose que l’on peut remarquer après avoir lancé pour la première fois l’animation, c’est qu’avoir une masse salariale important permet en général de jouer les premières rôles du notre championnat. Les seuls contre-exemples sont l’équipe de Roanne en 2007 qui avait remporté le championnat et fini deuxième de la saison régulière avec la 11ème masse salariale de la division et les équipes de Pau-Orthez (en 2007) et de l’ASVEL (en 2010) qui malgré de gros budget, n’avaient pas pu finir dans les huit premiers.
Ensuite, on voit qu’entre 2005 et 2010, le championnat de France de Pro A est devenu de plus en plus homogène d’un point de vue sportif. En 2005, 3 équipes avaient remporté moins de 10 victoires et 3 en avaient glané plus de 23. En 2010, seules 2 équipes ont remporté moins de 10 victoires et aucune n’a réussi à dépasser la barre des 23 succès (et ce depuis 2007). Sur le graphique, on remarque que les nuages de cercles sont de plus en plus denses et de moins en mois étirés sur l’axe horizontal.
Côté financier, le constat peut être le même. Les masses salariales sont de plus en plus homogènes. Le paquet des cercles est de plus en plus resserré. Il y a de moins en moins de différences entre les 3 plus grosses masses salariales de la division et les 3 plus faibles.
Enfin, et c’est certainement ce qui saute le plus rapidement aux yeux, le graphique devient de plus en plus jaune-vert entre 2005 et 2010, ce qui signifie que le coût à la victoire augmente et que la logique financière n’est pas forcément en adéquation avec la logique sportive.
Toutes ces remarques sont la conséquence de niveaux sportif et  financier du championnat de France de Pro A qui se sont tous les deux resserrés vers le milieu. Du coup, aucun leader n’a pu se détacher. Il est aujourd’hui impossible de coller une étiquette de gros ou de petit à un club avec certitudes comme cela peut être le cas dans des championnats étrangers de basket ou de football.

L’homogénéité m’a tué

Cette homogénéité a au moins le mérite de rendre notre saison régulière et nos play-offs très incertains (jetez un coup d’oeil au graphique animé, vous verrez que ça bouge dans tous les sens sur l’axe horizontal), ce qui peut être un bel argument au moment de négocier des droits tv (l’exemple des 670 millions d’euros de la LFP est assez parlant). Malgré tout, elle a également contribué à faire chuter la compétitivité de notre championnat par rapport à ses voisins et concurrents sur la scène européenne. Là où les meilleurs clubs de Pro A qualifiés en Coupe d’Europe pouvaient encore espérer remporter le graal dans les années 90, ils se battent aujourd’hui pour passer le premier tour, et puis c’est tout.
En conclusion, on peut dire que l’argent, c’est bien, mais ça n’assure pas une réussite sportive. Malgré tout, c’est quand même mieux d’en avoir beaucoup. D’après l’expression populaire, « l’argent ne fait pas le bonheur ». La Pro A prouve que c’est exact. Mais on peut également ajouter qu’elle ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas.
Un dernier point me semble important. L’homogénéité de notre Pro A n’est-elle pas son principal défaut en même temps que sa principale qualité ? Ce manque de stabilité des vainqueurs, tant bénéfique à l’incertitude du dénouement de notre saison, n’est-il pas au contraire un frein à la réussite de nos meilleurs clubs en Europe (par manque d’expérience et de vision à long terme dans ces compétitions). Car là où un club comme le Barça peut faire tourner son effectif face aux mal-classés d’ACB, Cholet ne peut pas se le permettre (et pourtant, le Barça participe tous les ans à l’Euroleague alors que les clubs français changent régulièrement). Notre Pro A n’est pas plus compétitive comme l’affirme certain. Non, nos clubs sont simplement à peu près tous d’un niveau équivalent. Niveau qui malheureusement n’est pas assez élevé. L’homogénéité a-t-elle tué la Pro A ?

*la réussite sportive est ici exprimée de manière incomplète, les play-offs n’étant pas pris en compte.
**Veuillez noter qu’il y a un petit souci technique dans le graphique qui peut gêner la lecture. En effet, ce type de graphique rend compte d’une évolution dans le temps. Par conséquent, lorsqu’un club est relégué en Pro B, le graphique ne comprend. Il calcule donc une évolution moyenne du club en question jusqu’à son retour en Pro A. C’est pour cette raison par exemple que le club de Vichy apparaît sur le graphique pour les saisons 2006 et 2007 avec un nombre de victoire de 10.3 en 2006 et de 13.7 en 2007 alors même que le club évoluait en Pro B. Je vous conseille donc de ne pas tenir compte des cercles se trouvant entre deux chiffres représentant un nombre entier de victoires.

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3 réflexions sur “Rapport entre masse salariale et nombre de victoires en Pro A

  1. La graphique est très intéressant à regarder. Même s’il faut probablement un peu de temps pour maîtriser cette nouvelle manière de voire les choses.

    Quand on regarde l’évolution de Pau, on se rend compte la MS du club n’a pas beaucoup évolué en plusieurs années. Cela permet donc de comprendre que la chute du club en Pro B ne fut pas due une réduction de budget.

    La progression linéaire de Roanne entre 2004 et 2007 est particulièrement impressionnante : un très bon rapport qualité/résultat.

    • C’est vrai qu’il faut un peu de temps avant de bien apprécier le graphique mais d’emblée, on remarque l’essentiel : les couleurs deviennent de plus en plus jaune (coût à la victoire de plus en plus élevé), les cercles se resserrent tant sur le plan horizontal que vertical (moins de différences tant au niveau sportif que financier) et surtout, on voit que les cercles bougent énormément sur l’axe horizontal, signe que les statuts des clubs ne sont pas assurés d’une année sur l’autre et dans le temps.

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